Nils Tavernier – Ils & Elles ont toutes une Histoire

Nils Tavernier – Ils & Elles ont toutes une Histoire

Forme Libre tu veux faire quoi quand tu seras grand ?
– Nils Tavernier

Pour faire plus dans la camisole humaine que dans la contention chimique.

Car c’est précisément ce que Nils fait : En montrant ce que l’humain fait de mieux, il réveille en nous ce petit truc d’humanité qui semble en voie de disparition dans l’actualité.

Et ça fait du bien, non ?

On redécouvre alors que la tendresse consiste à tenter de conjuguer, un temps soit peu et dès qu’on le peut, les petits riens et gestes du quotidien au pluriel plutôt qu’au premier sujet du singulier.

Au travers de la lucarne du petit écran on ouvre le cœur en grand et on redécouvre que la gentillesse est une qualité ; non une faiblesse et que s’ouvrir aux autres revient à se nourrir soi, entre autres.

« Je me sentais inutile. Ce sentiment d’inutilité m’a buté, je me sentais nul, vraiment nul.
Il fallait que je me mette « au service de ». Par là j’entends au service de quelque chose de plus grand que moi, que toi, que nous. Je n’avais pas de compétences particulières si ce n’est savoir faire de l’image et échanger et faire parler. Donc j’ai décidé de montrer ceux qui ont des compétences ou des idées géniales ou qui font des choses absolument extraordinaires. Je me suis dis que je ne pouvais pas faire plus avec ce que j’étais et c’est ainsi que je me suis épanoui. C’est en cherchant le positif en tout qu’on amène le positif partout ; l’optimisme ne peut se nourrir que de ça. C’est ça l’humanité en fait.

 

C’est absolument flippant de voir les liens se déconstruire en ce moment :
Les gens sont privés de câlins dans tous les sens du terme. Ils sont en manque.

On a privé les gens de douceur et on alimente la haine et la peur.

On alimente la peur de l’autre. Si on ne fait pas gaffe, ça va être un monde pourri.

Tu vois c’est pour faire gaffe que j’ai aussi beaucoup beaucoup dénoncé dans ce que j’ai fait.

D’ailleurs si je regarde avec un peu de recul l’ensemble de mes films, je dirai que le point commun de mon travail c’est l’exclusion. On vit dans un monde de fous, si on ne le dit pas, on l’accepte.
C’est impossible pour moi… et ça … même si je suis comme un petit enfant en face d’une montagne. »

Nils Tavernier

Dénoncer c’est donc ne pas renoncer, ne pas se résigner au c’est-comme-ça-ambiant et finalement être le changement … celui que l’on veut voir dans le monde, celui dont parle tout le monde en ce moment.

Dans cet article, chers lecteurs, nous allons faire preuve d'(h)ardeur dans le sens où les sujets abordés seront loin d’être légers. Nous allons parler Droit à l’éducation, accès à la formation, mais aussi de pelvis, d’excision, de mutilation, de Droit à disposer de son corps, de handicap, de dépressions, de décompensations et d’efforts aussi. Ca ne va pas faire un pli et d’avance, nous ne nous excusons pas si vous trouvez le ton plus affirmatif et combatif qu’à l’accoutumée parce qu’il est des sujets pour lesquels nous pourrions monter sur la table le poing bien haut levé !

Les histoires que Nils racontent sont singulières mais les victoires qu’elles nous portent à voir sont universelles.

Chaque combat gagné par cet enfant triathlète handicapé, par Hawaou, cette combattante qui sauve des petites filles, par Min dont le futur est désormais plein de promesses, par Joséphine la fragile qui a retrouvé le sourire, par Antonia qui continue à offrir son énergie et sa force autour d’elle, par la magnifique Mulu Muleta qui permet le petit miracle de la vie ou encore par les habitants du village de Trinlé-Diapleu en Côte d’Ivoire qui acceptent la différence au point de la couvrir de farine à la fin sont autant de messages d’espoir que Demain arrivera un beau matin.

Tous ces noms, qui ne vous disent sûrement rien, sont le prénom de héros du quotidien quelque part dans le monde. Ici et Là. On ne les connait pas… et pourtant … ils sont le changement et tout ce qu’ils font relève de l’exploit. Ils sont ce Yes we can, Oui je le peux si je le veux qui nous a mis les larmes aux yeux.

Le travail de Nils Tavernier n’est plus à présenter et parce que chacun de ses films, chacun de ses documentaires pourrait en lui-même faire l’objet d’une thèse, nous avons dû, ici, sélectionner mais croyez bien que chacune des leçons reçues par Nils Tavernier, chacun des mots qu’il a pu prononcer, chacune des images qu’il a pu tourner se sont imprégnés en nous comme autant de graines à germer pour ne jamais, jamais renoncer à parler, à dire et écrire.

« Parlons de « Elles ont toute une histoire » : toutes ces femmes que j’ai rencontrées portent en elles l’espoir d’un monde meilleur, un monde où l’égalité entre les êtres humains pourrait favoriser la prospérité de tous.« 

Nils Tavernier

Toujours est-il que parmi tous les sujets traités, il en est un particulier dont nous voulions parler.

Le Droit à l’avortement, à l’Education, l’accès au soin et à un travail décent, l’égalité femme-homme (NDRL : on met femme avant parce que le F vient avant le H dans l’alphabet, ceci fait l’ironie) demeure un immense chantier.

Du Cambodge au Sénégal en passant par l’Ethiopie, le Cameroun et le Nicaragua, Nils a rencontré 5 héroïnes qui ont pris leur destin en main et qui, dans leur propre culture avec leurs propres moyens, se dressent contre l’injustice et la violence dont elles sont victimes. Elles se battent pour elles, pour leurs proches pour les petites filles d’aujourd’hui et de demain.
 

Leurs histoires sont singulières mais leurs victoires universelles


Et parce que cela compte nous avons décidé d’écrire ici à leur sujet histoire d’informer et de véhiculer leurs messages au-delà de l’image. Une expression libre intégrée à un article sur ce qu’il fait ? Avec Nils Tavernier, nous bousculons les règles et les codes et on s’en fout, la forme est libre après tout et puis l’essentiel n’est pas la forme là, pour le coup.

Le combat pour le droit des femmes se joue sur de multiples fronts. En parcourant le monde Nils a rencontré des femmes de tous les âges et de tous les milieux. Il a observé le rôle qu’elles tiennent dans leur famille et dans la société.

« Je crois que le degré d’évolution d’une société se juge à la place qu’elle accorde au droit des Femmes. En Afrique, en Amérique latine, en Asie leurs Droits fondamentaux sont loin d’être acquis et l’égalité femmes-hommes est un rêve. »

Nils Tavernier

Le Cameroun n’est pas le plus mauvais exemple mais à la briqueterie, un quartier de la Capitale Yaoundé, 1 petite fille sur 3 ne va pas à l’école. La tradition, les situations précaires, les mariages forcés sont autant de raisons qui détournent les petites filles du chemin vers l’Education. C’est ce contre quoi lutte chaque jour Hawaou Adamou, analphabète jusque 35 ans, aujourd’hui Présidente de l’Association Haoussa pour le Développement. Son histoire personnelle est difficile : Cette femme mariée (de force – s’il est utile de le préciser) à l’âge de 16 ans, a aujourd’hui 4 enfants mais a vécu 6 accouchements sur un total de 12 grossesses à l’âge de 30 ans. Des chiffres qui s’étalent dans son discours comme des réalités normales…
Au décès de son mari, cette femme, devenue une charge, est chassée par la famille. Après 19 ans de vie commune, elle a emballé sa vie, dit-elle. Il semblerait surtout qu’elle ait embrassé son destin car à ce moment précis Hawaou a réalisé que si elle était allée à l’école elle aurait eu un métier. A 41 ans, elle obtient alors son certificat d’étude primaire. Aujourd’hui ses 4 enfants vont à l’école mais surtout … Hawaou œuvre chaque jour à la scolarité des petites filles dans le quartier notamment sur le terrain de sport où, en rencontrant les papas, elle n’a de cesse de répéter son plaidoyer en faveur de l’égalité :

« Quand on est autonome on peut s’occuper de sa petite fille pendant que les papas s’occupent des petits garçons. On peut aider le foyer et donc on peut donner son point de vue. Je ne savais pas avant ce qu’était mon plus grand rêve. Tant qu’on n’est pas instruit, on ne peut pas avoir un rêve. »

Hawaou Adamou

L’Education : la condition essentielle pour rêver sa vie.

C’est cette promesse d’un avenir que l’on ose enfin imaginer sans tristesse que l’on retrouve dans l’histoire de Min au Cambodge. Dans ce pays, marqué par des années et des années de guerres, un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté c’est-à-dire avec moins de 1$ par jour. Cette situation dramatique porte les familles à faire des choix et c’est ainsi que, souvent, ce sont les garçons qui vont à l’école tandis que ce sont les filles qui se collent à la tâche du ménage et du travail, notamment dans les usines de textile.
Mais c’est également dans ce pays que les bénévoles de l’Association Friends travaillent quotidiennement au bien-être des filles. En allant à la rencontre des familles, leur objectif est de trouver des solutions pratiques et pragmatiques afin de permettre aux jeunes filles de suivre des formations professionnalisantes – comme on dit chez nous. Ce faisant, ces femmes deviennent indépendantes ce qui est déjà une victoire en soi mais ce qui participe à une réussite concernant un autre débat.

Dans le monde, une femme sur trois est victime de violences (Cher lecteur, cela signifie que ce serait soit ta grand-mère, ta mère ou ta sœur). Dans certains pays, du fait de l’obscurantisme, des religions lorsqu’elles se transforment en extrémisme ou encore de la tradition, la situation s’aggrave.
Tel est le cas au Cambodge et Min en a malheureusement était une victime : son père était violent avec elle, ses sœurs et sa maman. L’association Friends constate alors :

« Le fait que les filles travaillent contribue à réduire la violence des garçons : si une femme travaille, elle contribue à améliorer le niveau de vie de la famille, l’homme est donc moins responsable et moins agressif. En plus, lorsque les garçons sont éduqués, ils ne reprochent pas aux femmes de rester à la maison, ils comprennent, et ils ne sont plus violents physiquement ou mentalement »

De la réduction des violences par l’éducation…

Tiens donc ! Savoir serait donc pouvoir travailler mais aussi réfléchir par soi, pour soi, comprendre son environnement, ses tenants et ses aboutissants et ainsi s’y adapter en faisant ses propres choix ?

C’est ce que nous dit la petite Vanessa :

« C’est important pour moi d’aller à l’école pour ne pas souffrir, parce que le monde devient plus dur, il y a des gens qui n’ont même pas à manger. L’école peut permettre à la fille de travailler, avoir ce qu’elle veut dans sa vie. Parce que si une jeune fille ne travaille pas, elle va être mise en mariage et ce n’est pas bien ça. La jeune filles doit pouvoir faire ce qu’elle veut de sa vie, devenir ce qu’elle veut. »

Faire ses choix, disposer de sa vie … et de son corps aussi.

Dans de nombreux pays, le droit de disposer librement de son corps n’est pas acquis. L’autodétermination des femmes est un défi dans de nombreux pays. Le droit à l’avortement, notamment, est limité et menacé dans de nombreux états mais dans certains il est encore illégal. Le Sénégal, par exemple, demeure parmi la cinquantaine de pays qui le considère comme un crime. Le débat pour légaliser l’avortement, tout du moins thérapeutique, est enfin ouvert, mais la controverse est vive.

Joséphine avait 15 ans quand sa vie a basculé… C’est ce qu’elle a la générosité de nous confier dans la Liberté en prime en même temps qu’elle nous parle de son amour pour l’escrime, ce sport qui a tout changé.

Joséphine était en prison parce que suspectée « d’infanticide » … elle était en colère ! 

« J’étais très en colère, je restais dans mon coin, je ne parlais à personne, j’étais pas ouverte »

jusqu’à ce qu’elle baisse la garde en se mettant en garde. Au Sénégal, il est un programme qui intègre la pratique de l’escrime dans les prisons pour mineurs. Ceci peut sembler surprenant de faire entrer une arme dans un univers carcéral mais c’est sans compter sur la détermination d’une femme qui a décidé de faire baisser le taux de récidive en ramenant au cœur de la vie de ces ‘gamins’ le respect de son prochain :

« Lorsque tu pratiques l’escrime tu es vêtu de blanc et tu es dissimulé derrière un masque. Personne ne peut savoir si tu es un garçon ou une fille et les deux escrimeurs sont soumis aux mêmes règles. Il y a donc une égalité de statut, de force, il y a une remise à niveau. Tout le monde est sur un même pied d’égalité. Ainsi nait le respect de l’adversaire comme un alter ego. Il y a une réinvention d’une relation qui a été détruite dans l’œuf. »

Et le programme porte ses fruits : Le taux de récidive des mineurs passés par le programme est de 0.

« Le garçon et la fille acceptent que la défaite existe mais qu’elle n’est pas un échec personnel. C’est la vie. Ils apprennent donc que l’on doit pouvoir se reconstituer, continuer, passer à autre chose. Ils sortent de là avec une énergie irrésistible et une impérieuse envie de vivre. »

C’est ce qui est arrivé à Joséphine :

 » Je joue avec tous les garçons même les grands et je n’ai pas peur. J’ai gagné des coupes et des médailles et c’était bien. Mon rêve c’est d’être championne d’Afrique »

Aujourd’hui Joséphine travaille à l’enseignement de l’escrime dans les prisons et dans les quartiers aussi. Elle a fait de la transmission de l’art de s’engager sans violence son métier en prouvant comme elle le dit que

 » Nous aussi les femmes on peut s’en sortir et être quelqu’un dans la vie »

C’est également cette révolution de message qu’Antonia communique au Nicaragua. Dans un pays où le machisme fait loi, elle a crée une association dans laquelle les femmes construisent des maisons : la leur. Cela peut nous paraître un détail, mais pour elles cela représente beaucoup : il s’agit de leur réussite, de leur autonomie et de leur liberté. Un rêve d’indépendance devenu réalité.

Comme quoi, tous les miracles sont possibles quand on a la foi …

En parlant de miracle, s’il en est un depuis la nuit des temps c’est la naissance d’un enfant.
Toutefois, là encore il convient de signaler que toutes les femmes n’ont pas les mêmes chances face à cette expérience :

Une femme africaine est 25 fois plus en risque de mourir au cours de l’accouchement qu’une européenne.

L’Ethiopie, notamment, est le pays où la santé maternelle est la plus préoccupante : Le taux de mortalité maternelle y est l’un des plus élevé au monde. C’est ce que nous raconte Mulu Muleta qui est une des premières gynécologues de son état.

Au-delà de sa réussite personnelle qui insuffle un espoir à de nombreuses petites Ethiopiennes, Mulu Muleta œuvre chaque jour au souffle de vie. En Ethiopie, du fait du manque de moyens, de la difficulté d’accéder aux maternités, des distances à parcourir, du poids de la tradition et du manque d’informations quant aux avantages de mettre un enfant au monde accompagnés par des professionnels ; la moitié des nouveau-nés ne reçoivent pas les premiers soins nécessaires à leur survie. Celle-ci ne tient donc qu’à un fil.

Sans parler également du taux de mortalité chez les mamans.

« Le mariage forcé est un problème, les filles sont données au mariage avant qu’elles ne soient développées en particulier au niveau du bassin. »
nous explique Mulu Muleta. 

C’est ce qui explique les complications qui surviennent à l’accouchement :

Le pelvis de ces jeunes filles étant trop étroit, elles ne peuvent accoucher normalement car cela pourrait entraîner une rupture des ligaments de l’utérus, une hémorragie et causer leur décès.

« De plus, l’excision est encore très pratiquée, les mutilations compliquent également les accouchements ».

Dans la séquence tournée par Nils Tavernier, le miracle de la naissance se produit … et j’ai rarement été aussi heureuse d’entendre un enfant pleurer.

Et là, au milieu de tout ça la VIE.

Je le reconnais, j’ai pleuré, moi aussi.

Pour plusieurs raisons :

Parce que sur les images nous découvrons une salle d’accouchement, un environnement que certains qualifieraient d’inadapté à la naissance d’un bébé, des conditions que certains jugeraient déplorables… se concentrant sur un premier ciseau qui ne fonctionne pas au moment de couper le cordon… en oubliant que là-bas, l’existence de cette salle d’opération est déjà, en soi, une révolution. Cela appelle à l’humilité et la perspective. La perspective étant, pour rappel, ni plus ni moins qu’un trait que l’on trace de point à point créant un lien.

C’est ce lien qui m’émeut. Parce que ici ou là-bas. De Paris à Addis-Abeba, en passant par Yaoundé, ou la Paz au Nicaragua, les joies d’une naissance, le rire, le sourire… le sentiment éprouvé et ressenti lorsque l’on regarde ses parents, ses amis, ses enfants et son amoureux aussi est … Universel.

Dans ces images de Nils, faites de couleurs vivantes et criantes, c’est ce qui me touche et fait mouche. Dans toutes ces histoires illustrées il n’y a pas de saturation, de (dé)coloration, il n’y a qu’une singulière envie d’être en vie. Une énergie à mettre la vie en couleur.

Et si c’était ça le secret du bonheur ?

Mais au-delà de cette optimisme engendré par le miracle de la naissance, il nous faut faire preuve de réalisme : Bien que ces femmes montrent la voie vers un monde meilleur, la route est encore longue.

« L’égalité des sexes est une responsabilité de chacun d’entre nous et cela ne sera possible que grâce à la solidarité des femmes et des hommes, Ensemble »

Nils Tavernier

Il nous faut donc œuvrer, avancer main dans la main avec douceur et tendresse, en chantant et dansant avec la même délicatesse, grâce et détermination que des danseurs étoiles sur le chemin vers les étoiles.

Un peu plus près des étoiles à l’abri des colères et du vent, un peine un peu plus libre qu’avant.

Et à Nils de nous glisser deux ou trois tips sur les coulisses de cette avancée, qui ne pourra se faire sans discipline, en nous montrant les coulisses de l’Opéra. De l’art de la cohérence …

Car tout le travail de Nils est là : nous permettre d’être plus proches des étoiles, de rencontrer ceux qui, sans être nés sous une bonne étoile, ont décidé de se faire leur place au soleil et qui transmettent leurs rayons, leur énergie et leur force. Leur détermination.

Nils a l’humilité des hommes de coeur qui ont le sentiment que ce qu’ils font n’est et ne sera jamais assez. Ce sentiment d’impuissance face à tous les combats à mener. Mais en conclusion de ce tout petit papier nous tenions à lui dire que les histoires qu’il nous a racontées et montrées nous ont réveillés et qu’en remettant l’humanité au milieu du village, c’est une armée de bonne volonté qui nait.

Merci Nils t’es NECESSAIRE !

«Je continuerai à encourager les gens sympas qui parlent de gens sympas qui font des choses sympas. J’en ai marre de voir des fouilles merdes remuer la merde et alimenter la peur et la haine»

Nils Tavernier

AMEN

Toute la filmographie de Nils Tavernier sur : 

http://www.nilstavernier.com/

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 Crédit image: 

  • Nils Tavernier 
  • Ondine Saglio

Images sur Pinterest & Instagram ( @Coeurdegazelle / @Leapofdanceacademy )

Guy Birenbaum – (Ré)formation plagiste

Guy Birenbaum – (Ré)formation plagiste

Ce que fait Guy ?

Des photos.

Il immortalise des moments, des situations transformant un temps les parasols en personnes ou les personnes en paravent.
Il prend en flagrant délit de vie les plages de Normandie. Il porte un regard doux et drôle sur ses occupants provisoires et sur les moments qu’ils y vivent.
Et il les partage, non sans sens de la formule en légende …

© Crédit photo : Guy Birenbaum – Villa Gypsy. @guibirenbaum@villagypsy.natty

… Il faut parfois savoir rester digne de sa légende … 

Car ce qu’a fait Guy est une autre histoire … une autre page et dans, celle-là, le moins que l’on puisse dire est qu’il avait le sens de l’à-propos et du propos.

Des propos qu’il a tenus à un rythme plus que soutenu exigé par ce que l’on appelle « l’info en continu ». Surconnecté aux réseaux sociaux, appelé partout pour parler de tout, Guy a été omniprésent sur nos écrans et au micro de la radio. Un temps auteur et éditeur … Guy a tout fait, tout vu, tout connu de ce que l’on appelle « les médias ». Mais surtout Guy a tout dit. Selon et d’après lui, tout est déjà dit. Alors ici, nous nous arrêterons là nous aussi. Tout du moins s’agissant de ça. D’autant que tout a déjà été dit sur lui. Aussi.

« Je n’ai plus rien à dire mais beaucoup à montrer, à donner aussi, à transmettre »

 

Guy Birenbaum

Montrer, Donner, Transmettre.

Trois voies, trois chemins pour donner de la voix autrement.

Montrer sans s’exposer.

 

« Avant j’avais envie d’être sur la photo, maintenant j’ai envie d’être derrière »

Guy Birenbaum

Ne plus vouloir être reconnu, vu, se faire discret, revenir à l’essentiel, se recentrer sans pour autant perdre de vue que le monde va et vient. Comme la marée.
Mais pour donner son point de vue, il n’est pas nécessaire de faire du show et du chaud.

« Ta tv est pleine de chair à plateau, de gens qui partagent leurs avis, leurs opinions sur tout. Mais il n’y a rien d’existentiel là dedans, enfin à l’échelle du collectif. C’est existentiel pour eux mais pour nous c’est inintéressant, ça ne nous apprend rien, ça ne nous informe en rien. Les experts sont de faux experts. Ce sont des gens formés à parler. Le type qui sait, il bosse, il est dans son labo, dans son bureau et … il se fait interroger en toute objectivité par ce qu’il reste de bonne presse. Malheureusement les gens intéressants sont rarement ceux qui cherchent à être sur le devant de la scène et que l’on met en avant et en scène. J’ai adoré refaire le monde en plateau mais j’étais dans ma vérité et je n’échangeai pas, je ne sais même pas si je peux dire que j’écoutais. Pourquoi mon avis, mon opinion serait-il plus absolu et vrai que celui de l’épicier du coin de la rue? »

Guy Birenbaum

Donc Guy s’en est allé de la tv en ayant tout dit et désormais il partage sa vision du monde par l’image.

Mais dans la notion de partage, il y a quelque chose lié au don … pour partager vraiment, sincèrement, il faut savoir donner.

 

Crédit photo : Mel Lenormand

Donner son point de vue sans l’imposer.

Si Guy a souvent affirmé aujourd’hui il échange. Il laisse la parole et a même à cœur de la donner.

« L’édition j’adore ça. Je suis un éditeur avec un stylo à la main. J’aime relire, donner un avis, un conseil mais sans l’imposer, il s’agit plus, désormais, de donner un coup de main. Mais un vrai, pas juste un léger coup d’œil. Mon expérience me permet de pouvoir aider, soutenir et choisir aussi. Ainsi, j’ai envie de m’impliquer dans des projets, de contribuer. Editer demande du temps et ça tombe bien, j’en ai ! »

Guy Birenbaum

Il semble que soit venu le temps
pour celui qui courait après le temps,
de prendre le temps,
de vivre à contre temps…


… et de donner de son temps en remontant le temps pour revenir à ses premières amours : l’enseignement.

Transmettre et enseigner.

Guy est un maître de conférence. Mais s’il a été happé et aspiré dans les moratoires de la sphère média, c’est au sein de l’Université que Guy a commencé à faire dans l’oratoire.

Naturellement plus Socrate que sophiste, Guy est, à l’origine, un spécialiste. De ceux qui font de la recherche, de l’investigation, qui sont sur le terrain comme si la réflexion était l’essence de toute action. Sa démission de la fonction publique au bénéfice de sa mise à disposition au public lui a permis d’en connaitre, d’en rencontrer mais aujourd’hui, maintenant qu’il s’est beaucoup interrogé, il a envie de transmettre.

Enseigner, tirer des leçons du passé et accompagner. Celui qui reconnait avoir trébuché souhaite désormais mettre le pied à l’étrier aux autres. Une histoire de transmission de (bonnes) leçons reçues. Un partage de vus et vécus entre générations. Histoire que nous essayions un minimum d’aller à peu près droit. Autrement dit, faire dans le tutorat.

« Il est plus facile d’être négatif, en faisant ça tu restes entre toi et toi.
Lorsque tu est positif, tu passes dans l’encouragement et il y a de la responsabilité là-dedans.
Cela demande de sortir de soi, de considérer la personne en face de toi et d’accepter de n’être qu’une pierre à l’édifice, un contributeur »

Guy Birenbaum

© Crédit photo : Instagram Alice Antheaume : @alicanth

Mais finalement, être un contributeur n’est-ce pas là ce que Guy Birenbaum a toujours fait ?

En tant que chercheur d’abord, en tant que chroniqueur ensuite et en tant qu’éditeur … son objectif n’a-t-il pas toujours été d’apporter sa pierre à l’édifice ? De faire sa part.

En infiltrant le FN, en dénonçant les pratiques de l’ombre, en démasquant, en accusant, n’y a-t-il pas toujours eu une envie d’être dans la transmission de la vérité, dans l’information, la vraie ?

Informer pour former les initiés et réformer ?

Alors oui la forme a changé … Guy s’est réformé pour mieux se recentrer et dans « vous m’avez manqué », son livre dans lequel il se livre sur cette transformation, il y a comme une invitation à, de nouveau, se rencontrer.

Guy a fait le choix de cultiver son jardin mais aujourd’hui il a à cœur d’en partager les fruits. Son jardin à lui c’est la plage, celle qu’il a mise en page avec l’aide de la Villa Gypsy au travers d’un carnet de notes qui dénote.

© Crédit photo : Guy Birenbaum – Villa Gypsy.
@guibirenbaum@villagypsy.natty

Ce petit bouquin est un condensé de scènes de plage mais, s’il ne part plus notre sac à main, c’est parce que – non content de nous rappeler les clichés de Martin Parr – il laisse, en plus page après page, la possibilité à nos élucubrations de se laisser aller au flot des pensées inspirés par le bruit de la marée immortalisée au rythme des saisons.

Guy a laissé de la place entre ses photos à nos mots nous invitant à la rédaction guidés par la narration du titre qu’il a, avec humour, donné à ses clichés.

Notre photo préférée est à la page 55.
Un résumé de Guy : son chien, son humeur, son sarcasme et un rappel de ce que peuvent être les besoins essentiels.

« Et l’essentiel, c’est la mer, c’est la plage. Parce que c’est la vie »

Merci Guy, Tout est dit.

© Crédit photos : Mélanie Lenormand.

Pour découvrir, au fil de ses balades avec Jedi, ses clichés, vous pouvez retrouver Guy sur son compte instagram :

@guybirenbaum

Et parce que Noël approche et que ce carnet de note sera le cadeau idéal pour votre famille et vos potes, sachez que vous pouvez le commander sur le site de la Villa Gypgy ou au sein de la boutique (en click & collect pour le moment) : 

Villa Gypsy Shop : 
65 Rue des Bains,
14360 Trouville sur Mer
https://www.villagypsy.fr/
Instagram : villa.gypsy

Illustration de l’article : @_Rue.mel 

Suliane Valadie & Etxe Goria : L’Art de recevoir

Suliane Valadie & Etxe Goria : L’Art de recevoir

Suliane Valadié ne peut se résumer. Si elle était un mot ce serait indicible. Ça l’embête parce qu’elle ne le trouve pas beau ce mot. Et pourtant Suliane a ce petit je-ne-sais-quoi qui ne se décrit pas.

Hôte de Etxe Goria, Maison de charme située dans le centre de Biarritz, elle est aussi l’artiste qui se cache derrière SVEG, des céramiques qui attirent l’œil. Le 3ème pour être précise. 

 » La céramique ça se vit, se ressent « 
Suliane Valadié

Suliane aime créer, explorer, se frotter à l’inconnu. Toutefois, n’allez pas croire que vous pourrez commander !

Suliane transmet. Et si elle se plait et s’enthousiasme à vous imaginer, ses objets entre vos mains, chez vous, ailleurs, où que vous soyez … elle ne crée qu’en solitaire. Créer en toute liberté. Transmettre sans se soumettre à aucun souhait.

Chez SVEG vos désirs font désordre et c’est à prendre ou à laisser. 

En parlant Objets et Désordre parlons de sa maison. 

Celle que nous voudrions notre. Et si Forme Libre était une maison …

Etxe Gorria

… sans l’ombre d’une hésitation ce serait celle-là !

 » Chez moi, tout n’est que Chine & histoire d’un passé en forme d’énigmes. « 

Suliane Valadié

Sur le pas de la porte rouge basque, pourrait être écrit cette phrase fantasque que disait toujours mon Grand-père-Papito « Faites comme chez vous mais n’oubliez pas que vous êtes chez moi ».

Accueillir sans se faire envahir ; ce doit être ça le secret lorsque l’on partage sa maison avec des plus-ou-moins inconnus. Une histoire de clefs passées de la main à la main dans le respect de la liberté de chacun. Une intimité entrouverte sans mise à nu… car si ouvrir sa porte et son univers à des gens de passage « souvent-très-sympas » requiert une bonne dose de générosité ; cela exige également de maîtriser l’art de faire passer un certain nombre de messages, codés ou pas, pour ne pas tomber dans l’abandon de soi.

Les codes très peu pour Suliane, ici pas de règles et précisément

« Tu prends tes clefs et tu fais ta vie »

Tout un art – de recevoir – je vous dis. 

 

Et, ici, l’art est partout et nous raconte des histoires.

Ici, tout n’est que goût. Pas de recette ou d’anticipation, le maître mot en matière de déco est improvisation.

« Je chine et ensuite chaque objet trouve sa place. Mais, avec le temps, cette place dans l’ordre des choses change et évolue. Un peu comme pour nous, rien n’est révolu »

Suliane Valadié

Rien ne se perd et tout se transforme en somme.

A l’image des 1001 vies de la maîtresse-home-made :
Un temps artiste peintre en décor, cette attachée de et à la culture diplômée en Histoire de l’Art de la Sorbonne a œuvré à rénover des cathédrales, avant d’aider les gens à trouver la leur ( i.e : elle a travaillé dans l’immobilier ) pour finalement ouvrir la sienne en fondant Etxe Goria, un refuge en exil, une terre d’accueil.

Rien ne se perd et tout se transforme en prenant forme

Mais l’œil aguerri ne s’y trompera pas. Sous l’apparente nonchalance bohème du lieu rien n’est laissé au hasard pour le plus grand plaisir des sens (et des yeux). 

Toutefois, nous ne pouvons tout vous décrire, il est des choses qui ne peuvent que se découvrir… Le plaisir de l’expérience.

Nous vous dirons seulement que Etxe Gorria nous fait l’effet d’une caverne d’Ali Baba. Au-delà de l’incarnation de ce que peuvent représenter les vacances, elle éveille en nous quelque chose qui relève de l’enfance. Ce plaisir fou de jouer, d’ouvrir grands les yeux et d’explorer en toute naïveté.

La curiosité n’a pas d’âge et chaque passage dans cette maison pleine de secrets est l’occasion de chercher et déceler les indices et messages cachés … ça et là … dans le titre d’un livre faussement abandonné au dessus d’une pile dans l’escalier, dans la référence artistique d’une carte postale ou encore dans les formes courbées sans courbette d’un casse noisette.

 

En matière de décoration, faire le choix de l’accumulation est un jeu délicat qui demande une sacré sensibilité, un sens de l’équilibre et du juste milieu. Qu’à cela ne tienne Suliane aime vivre dangereusement, bat la mesure en véritable cheffe d’orchestre de talent et s’impose en maître du jeu hissant très haut le niveau de l’esthétisme dans l’éclectisme.

La mesure est juste pour tout en tout dans cette vieille maison bourgeoise qui donne envie de se peloter à la basque blotti sous la varangue en parlant d’amour, de pastèque, de Niki de Saint Phalle et du douanier Rousseau avec celle qui, si elle devait être une citation serait « Une femme libre est tout le contraire d’une femme légère ». 

En résumé, Suliane apporte un œil sur les choses

et ouvre ses portes

avec attention, élégance et mesure en tout point

de ponctuation.

Avec toutes ces images, nous vous avons surement donné envie de confinement à la basque … Comme on vous comprend …

Ce qui nous ravie le coeur c’est de savoir que Suliane prend le temps du confinement pour tourner … nous scrutons donc le compte instagram de SVEG avec impatience de découvrir le résultat de cette période créative …

Si le salon de la maison donne une triste (des)illusion de vide, il n’en est rien pour notre hôte artiste qui transforme tout avec goût.

De l’art du vide fertile

 

MUXU Suliane , Nous t’aimons beaucoup !

@etxegorria.biarritz                                                                                                @s.v.e.g.ceramiks 

Raphaële ou la Formule Complète.

Raphaële ou la Formule Complète.

 » C’est qui cette nana qui est partout et qui n’est ni cheffe ni journaliste ? « 

Nous aurions pu vous raconter l’histoire de En rang d’oignons* ; vous dire que Raphaële n’est pas tombée dans la marmite étant petite mais qu’elle couve son feu sacré depuis longtemps, qu’elle a fait l’ESSCA où elle était active au sein de la vie associative et même qu’elle y écrivait déjà dans le journal …
Nous aurions pu vous raconter son stage de 3ème dans les cuisines de Caïus, la progression de ses réflexions sur ce qui l’anime dans ces microcosmes (les cuisines justement) … chronologiquement, année après année, lentement … histoire que vous perceviez, paragraphe après paragraphe que, non, Raphaële n’est pas née avec une petite cuillère de la Tour d’argent dans la bouche, que sa progression, bien que fulgurante, fut longue, peu tranquille, pavée d’effluves (bonnes et mauvaises) et que tout ce que récolte Raphaële aujourd’hui est le produit d’efforts, d’un travail acharné ; le fruit de tout ce qu’elle a semé et aimé comme une passionnée.

Nous aurions pu faire cela.

Mais voilà.

Raphaële dit qu’elle a simplement de la chance. Celle d’être née dans la bonne famille, avec les bons parents, d’avoir fait les bonnes rencontres au bon moment. A ce propos, son père voulait qu’elle soit ostéopathe et sa mère écrivaine ou cheffe d’orchestre.

Nous aurions donc pu aussi dire ça ; et puis, il se serait dit ici et là : ok c’est une chouette nana qui est née sous une bonne étoile et qui a bien bossé. Basta.

 

Mais voilà ( bis repetita pour cette aparté où l’emploi du « je » sera assumé pour assumer ) :
De un, je ne suis pas journaliste et d’autres l’ont fait, le feraient et le feront bien mieux que moi.
De deux, Raph est une Amie … Je pensais donc que ce serait du gâteau d’écrire sur elle. J’ai essayé ( oui oui vraiment ) de le faire de façon neutre, factuelle et objective mais la vérité c’est que je ne peux pas ( ou devrais-je dire je ne sais pas ) écrire autrement qu’en y mettant tout de brut ce que les gens génèrent en moi d’émerveillement. My bad. Ou pas. Et puis ‘Flutte’ hein ; ici la forme est libre, après tout.

Et surtout cette description d’elle ne serait pas fidèle à ce qu’elle est et fait. Ceux qui auront lu son portrait japonais comprendront alors que nous ne puissions, au sein de cette pige, « réduire la sauce » à son strict minimum…
( cf. « Si tu étais un mot… tu serais… )

Autrement dit ce serait un peu court Jeune homme. Nous pourrions dire bien des choses en tomme …

Raphaële est la personne derrière le blog / le compte instagram « En rang d’oignons ». Et si En rang d’oignons est une nana rigolote qui boulotte et nous explique comment bien choisir et cuisiner nos cocottes pour nous régaler entre potes ; Raphaële en réelle conjugue le mot Partage bien au-delà d’une tablée autour d’une planche de fromages :

Elle est de celle qui, pour briller, n’a pas besoin d’éteindre les autres.

 

Son leitmotiv est même à l’exact opposé et c’est suffisamment rare en ce bas monde pour être signalé. Elle est de celle qui donne des L ( paradoxe quand on sait qu’elle n’en a qu’un dans son prénom ) pour voler ( comme dans les poèmes de Michelle ).

Qu’on se le dise, d’une part, elle est cinglée

( sorry mais il fallait bien que ça se sache un jour ).

Mais cinglée, folle, dans le sens de Kerouac :

  » Les seuls gens qui existent sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout en un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent brûlent  » Jack Kerouac – Sur la Route

D’autre part, elle est une éternelle rêveuse. Une idéaliste diraient certains. Mais c’est avec cette certaine forme d’idéal en tête qu’elle a avancé d’un diner presque parfait à un titre de blog de l’année, à journaliste, chroniqueuse & auteure écrivaine ( C’est maman Marchal qui doit être contente ).

 » J’avais une intention. Depuis longtemps tu vois. C’était une telle passion pour moi d’observer tout ce qui se passe en cuisine, d’écouter les discussions entre les chefs, avec les fournisseurs, de poser des questions, pour pouvoir raconter après. Enfin… pas seulement raconter mais dire, expliquer ; j’avais à cœur de mettre en valeur le talent mais aussi la sueur, le travail, l’effort … J’avais terriblement envie de parler de ce qui est important, des dessous de l’assiette, de passer de la table à la cuisine, aux champs et à la mer. « 

Raphaële Marchal

Faire briller les autres.

Voilà

ce que Raphaële fait.

 » Tant qu’on ne me vire pas , je continuerai à le faire parce que j’y crois. Je ne parviens pas à mesurer mon enthousiasme, ça m’a joué des tours, parfois. Tout m’emballe et m’anime dès lors que ça parle de ce qui me passionne, donc j’y vais à fond. C’est un peu naïf mais ça a le mérite d’être spontané  » 

Raphaële Marchal

La virer ? Quelle drôle d’idée ! Mais si l’éventualité lui a déjà traversé les pensées c’est que tout n’a pas toujours été facile. Il lui a fallu apprendre à  » faire de la télé  » , à assaisonner les débats et à faire tomber le tablier des plus grands chefs cuisiniers et pâtissiers.

 » Je n’ai pas de carte de journaliste et, va savoir pourquoi, j’ai toujours détesté qu’on me définisse comme blogueuse. Je n’aime pas ce mot. Alors forcément, lorsque je suis arrivée dans le métier j’ai pris des revers, des critiques, on se demandait qui était cette fille avec un culot monstrueux qui invitait les plus grands chefs parisiens, leur posait des questions sur leur pêché mignon et ne s’étonnait pas de voir Lignac répondre positivement à ses invitations. On se demandait de qui j’étais la fille aussi ( ndlr : Gilles Marchal n’est pas son père. Une bonne fois pour toute ! ) ou on demandait à mes parents qui ils connaissaient à la TV pour que je fasse des émissions. Ca n’a pas toujours été facile de faire fi des aprioris, parce qu’évidemment, on part du principe que dans ce métier y’a pas de mérite qui soit, si t’es là c’est que tu connais quelqu’un ou, pire, que t’as couché tu vois ! (…) « 

Raphaële Marchal

Faire fait souvent taire ;
c’est là tout le mérite de l’Action.

 

Plus coup de fourchette que coup de gueule, c’est son talent, sa bonne humeur communicative & sa naturelle chouette fraicheur qui ont attiré la sympathie de tout le gratin d’un univers réputé fermé … jusqu’au coup de food final, la cerise sur la crème de la crème* bien montée.

« Ecrire un livre m’a légitimée. Même si, au départ, lorsqu’on m’a contactée s’agissant d’un livre sur la pâtisserie, je n’ai pas de suite compris qu’on me demandait, à moi ( ! ), de l’écrire ! Du coup, au téléphone, je listais à celle qui sera ma future éditrice mes adresses, mes préférences. Tu vois, même là, c’est encore de la chance. « 

Raphaële Marchal

De la chance ou (un peu) de talent et beaucoup de boulot. Nous ne trancherons pas pour le coup ce qui ressortirait du débat stérile entre notre parrain et nous !

Ce qui est sûr c’est que Raphou ne rentre dans aucune case : bourdonnante, elle touche à tout et fait mouche ! A l’aise partout, il semble qu’il n’y ait aucun environnement dans lequel elle ne parvienne pas à mettre son grain de sel ( à défaut d’être osthéopathe, elle est naturellement pleine de souplesse, c’est papa Marchal qui va être content ) , des élevages aux cultures en passant par la mer …

Ain’t no mountain high enough …

  

Un véritable Laguiole suisse
( hahaha )

 

Certains verront dans cet article une déclaration d’amour.
Ca n’est pas le cas. Ca n’a pas cette vocation là.

Ce que nous voulions dire ici, sur Forme Libre, c’est que Raphaële ne se contente pas de faire sa part pour mettre en avant les gens du monde de la Cuisine. Ce que nous voulions dire c’est que, carte de journaliste ou pas, elle rompt (enfin !) la sacro-sainte manie de l’étiquetage labellisé au profit de l’échange vrai et du partage.

Elle est une optimiste qui a à cœur de transmettre du bonheur , de mettre les choses dans le bon rail pour que ça aille.

En ce sens, en partageant ce que les gens qu’elle rencontre font, elle donne de l’information, certes, mais aussi la direction qu’il nous faut prendre quant à la forme de nos assiettes et de nos modes de consommation.

Toutefois, Forme Libre n’a aucune légitimité à commenter et étayer l’impact et la plus-value de Raphaële pour l’univers de la gastronomie.
parce qu’en vrai nous adorons manger mais sommes littéralement incapables de parler d’un bleu de Termignon comme elle le fait ou de tenir tout un reportage sur le pruneau … ou alors c’est que nous ne sommes pas à jeun ! ).

De ce point de vue on se contentera de vous conseiller de regarder ses reportages sur C8 dans l’émission William à Midi, de lire ses lignes dans les magazines Fou de Pâtisserie, Fou de Cuisine ou le Elle à Table et BIEN-Sûr d’écouter ses podcasts … pour cesser d’être « A côté d’la plaque » dès lors qu’il s’agit de savoir quoi mettre dans votre assiette. 

 » C’est quand même con de préparer un bon diner à vos amis, de vouloir leur faire plaisir et puis, finalement, de leur faire manger un truc qui leur butte la santé. « 

( A ce propos, les tomates en décembre n’existe pas plus que le père Noël ).

 Mais il est une autre direction que Raphaële nous donne. Plus inconsciemment. Cette recette là nous est délivrée simplement comme bonjour* en la regardant œuvrer à la baguette et assembler les ingrédients jour après jour: Elle donne le La et l’exemple ( comme une cheffe d’orchestre… maman Marchal, encore contente ! )

Son premier livre (celui dont elle dit qu’il l’a légitimée) s’appelle  » A la folie «  et, nous ne pouvons pas croire chez Forme Libre que ce soit un hasard. Ce livre, comme un accomplissement, est la preuve que lorsqu’on est un peu fou, passionné et déterminé, on peut y arriver. Autrement dit, arriver là où on ne se sent plus A côté d’la plaque mais bel et bien à sa place.

Je la vois d’ici, Raphaële lire ces lignes et dire  » mais puisque je te dis que tout ça je ne l’ai pas réfléchi, je l’ai juste fait  » et ne pas forcément comprendre en quoi le chemin que ce petit chat beauté a parcouru est une source d’inspiration pour les gens et notamment toute une génération.

Mais, malgré cela … même si elle dira que c’est trop … que je me suis laissée aller aux élucubrations influencée par l’amitié et l’admiration, je me sens tout à fait alignée avec le message que Forme Libre cherche à véhiculer :

Dans un monde où les portes semblent souvent fermées, montrer la voie, démontrer la méthode
&
ouvrir les fenêtres sur le champs des possibles
est rare, précieux, généreux

i m p o r t a n t.

Celle qui est fascinée par les énigmes comprendra donc qu’elle nous délivre les clefs du pouvoir de la volonté en rappelant que le positif amène le positif et qu’il faut, parfois, simplement oser pour se sentir vivant.

Raphaële, tu es un parrain de qualité. Continue de Vol(er) au vent Michel et on te souhaite que tous tes projets continuent d’être étoilés !

Quant à vous, Chers Lectrices & Lecteurs, nous vous souhaitons d’avoir des rêves plein la tête et l’envie d’en réaliser quelques uns.
Comme des inconnus, on vous dira que  » c’est votre destin  » & en afficionadas de la Cave à Michel on vous dira que  » Les enfants ont des ailes , pour voler voler voler ! « 

Suivez les aventures et les 10000 projets de Raphaële sur Instagram : @enrangdoignons ;

Retrouvez-là sur C8 dans l’émission de William à Midi et dans les Web Séries : La crème de la crème & Super Bon ;

Lisez-là au sein de Fou de Pâtisserie, Fou de cuisine, Elle à Table, Le Fooding pour ne citer que ceux-là… ;

Ecoutez là sur les Podcast  » A coté d’la Plaque «  ;

Et bien-sûr offrez-vous ces livres, avec le couvre-feu, il est de bon ton de jouer les marmitons : A la folie ;  Simple comme Bon(jour) ; Passion Pique-Nique.

Elle est partout Raphou … et elle rend la vie jolie !

Jean-Louis Lascoux & la Médiation ou l’Entente de Libre échange

Jean-Louis Lascoux & la Médiation ou l’Entente de Libre échange

Forme Libre, ta mission si tu l’acceptes est de résumer tout ce que Jean-Louis Lascoux a fait dans sa vie sans faire un article de la taille d’une Encyclopédie !

Pas simple de faire simple sans vulgariser le travail d’une vie lorsque l’on parle de ce qu’a fait et de ce que fait quelqu’un qui échange avec Diderot dans son bureau, qui aimerait philosopher autour d’un verre de pinard avec Jacquard et qui veut faire de la société un monde de philosophes après leur avoir brisé les chaines et les avoir encouragés à sortir de la caverne. Sans allégorie.

Mais s’il fallait ne dire qu’une phrase, je crois que Forme Libre dirait « Jean-Louis Lascoux est motivé par un idéal et depuis le départ il a décidé de faire sa part » . L’utilité est quelque chose de sacré chez Jean-Louis, il s’y consacre et pas pour la gloire ou le sacre de se dire qu’il a créé une profession utile à la société; Non Non pour promouvoir l’entente sociale.
Pas le contrat, l’ENTENTE… parce que nous sommes libres… dans l’Absolu, dans le salut et que nous pouvons nous affranchir des codes, des cages, des écrits, des signatures, du marbre aussi … à condition de nous responsabiliser, de prendre conscience et de nous reconnaître les uns les autres dans tout ce que nous sommes d’individualités.

Au sein de cet article je vous propose d’imaginer un monde où tout le monde s’entendrait avec tout le monde…
Attention, pas un monde dans lequel nous serions tous copains façon danse du Club Med mais un environnement dans lequel nous nous entendrions dans tous les sens du terme: un monde dans lequel la contrainte ne serait plus car nous communiquerions, écouterions, dialoguerions …

et ke sapelerio Médiation…

 Il était une fois un polyèdre, une forme géométrique un peu étrange pour laquelle un triangle peut comprendre 4 faces… Jean-Louis n’est encore qu’un « gamin » mais cette forme l’intrigue, l’interroge et il s’intéresse alors à la projection orthogonale au sein d’un groupe de travail. A l’époque « la neuro fait mode« , chacun y va de sa petite recherche sur le fonctionnement du cerveau: le droit, le gauche, l’analytique et l’artistique, le reptilien. Chacun remue sa matière grise pour comprendre comment fonctionne la machine, pour expliquer, rendre les mécanismes plus clairs et limpides, moins gris justement… alors même que, en définitive, le cerveau humain est une machine complexe autogénérante et qu’il est tout de même un peu pompeux de la trancher en deux et de dire  » Voilà le mode d’emploi, débrouillez-vous avec ça « .

Parce que, tout comme le polyèdre, nous sommes plus complexes que ce dont nous avons l’air…
Parce que tout est plus complexe que les apparences le laissent à penser,…
Parce que nous avons tous plusieurs faces plus ou moins cachées…
Nous ne pouvons nous contenter d’un vulgaire mode d’emploi binaire … D’ailleurs avec les modes d’emploi ça finit toujours en crise et en débat. Nous en tenons pour preuve le nombre de demande de médiation de couple relevé après montage de meubles Ikea (ndlr: ceci est une plaisanterie, pas une donnée scientifique) ! 

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre de savoir comment fonctionne le cerveau, qu’est ce que j’en ai à foutre de le découper en deux, c’est une vulgarisation, Sperry a eu un prix Nobel pour que dal. A quoi ça sert de savoir ça? En quoi cela m’aide? En quoi cela aide les gens dans leur fonctionnement? Au quotidien je veux dire … dans leurs interactions, dans la gestion de leurs émotions, de leurs sentiments? A quoi cela contribue-t-il à la société? Moi, il n’y a qu’une seule chose qui m’intéressait c’était la pédagogie… cela fait désormais 30 ans que je travaille là dedans… pour accompagner, pour aider les gens dans leur développement qu’il soit personnel ou à l’échelle de la société et autant te dire que ce n’est pas avec des outils de statistiques approximatives que j’y suis arrivé »

Jean-Louis Lascoux

L’approximation, le manque de précision, très peu pour Jean-Louis qui est plutôt de l’école « Je pense, Je suis« . Et précisément c’est en lisant Descartes que l’idée lui vient de rebattre les cartes, de reprendre son travail sur la géométrie et de plancher sur une modélisation de la Communication en trois axes: Emission, Perception, Réception.

Les plus familiers avec le sujet y verront là une première petite révolution: en général en matière de communication on ne parle que d’émission et de réception. Jamais de perception. Dans les théories traditionnelles, l’objectif est de catégoriser pour traiter. On fait fi de l’émotion, de l’affect et du sentiment. Cette partie est du ressort des psys, de l’inconscient et n’a pas lieu d’être en matière de communication.

 

« Je suis parti des théories existantes: Karpman, Descartes, le MBTI et j’ai utilisé une méthode empirique pour vérifier la pertinence de ces modèles existants. C’est là que j’ai constaté qu’il leur manquait tous un postulat de départ: à savoir l’humain. Délirant ! L’inconscient n’est pas observable donc on ne l’observe pas ! Autrement dit, Freud a fait une métaphore que nous avons tous acceptée… mais comme une religion! Il n’y a rien d’empirique là dedans et mon objectif était précisément de faire ‘dans l’humain’, de créer quelque chose qui permette aux gens d’identifier grossièrement un comportement; non pas pour les changer mais pour qu’ils en soient conscients »

Jean-Louis Lascoux

Et nous vous donnons en mille comment et où Jean-Louis a commencé à plancher et mettre en pratique ses théories sur l’ingéniérie relationnelle?
Et bien au Club Med pardi ! Alors … pas en faisant la danse des tongs hein mais en travaillant sur la cohésion d’équipe par la théâtralisation. C’est le début de la conceptualisation de la médiation et cela s’appelle MBH: Médiation & Bonne Humeur!

Avouez qu’il y a là de l’à-propos mais il ne faut – là encore – pas se fier aux apparences de nonchalance car dans cette expression il y a une promesse, un idéal, un vrai travail tendant à participer à notre recherche du bonheur.

Précisément, tout part d’une recherche: Comment les personnes parviennent-elles habilement à dégrader leurs relations? Il est paradoxal d’affirmer cela mais tel est bien le cas: nous dégradons stratégiquement nos relations. A coup de mécanismes d’actions en cascade et en escalade. A coup de tirages de corde vers soi … … Autrement dit: En contraignant l’autre sur la simple motivation de satisfaire nos propres besoins. Alors OUI, dis comme ça ce n’est pas joli et bien malin mais, au quotidien, nous luttons consciemment – ou non – les uns contres les autres, dans une adversité plus ou moins exprimée et ressentie pour atteindre une forme d’homéostasie. (ndlr: respire cher lecteur, respire)

L’idée de Jean-Louis est de nous faire prendre conscience de cela et de nous faire passer de l’adversité à l’altérité. Histoire de mieux vivre ensemble en reconnaissant que nous sommes tous des individualités en recherche d’équilibre et qu’il nous faut communiquer et dialoguer afin que nos actions ne soient plus des contraintes de réactions mais bien des conséquences de faits et de ressentis exprimés.

Dès la fin des années 80, des articles de presse paraissent sur cette nouvelle manière de travailler. La consultance en entreprise nait mais la médiation à proprement parler a encore besoin de s’affiner. Jean-Louis est même contacté par Lionel Bellenger pour écrire un livre mais il sent qu’il n’est pas prêt. Pendant 10 ans il va mettre en pratique, créer des figures de rhétorique de tout ce qu’il observe et en 2000 il recontacte les éditions ESF – « par fidélité » dit-il – en leur affirmant « ça y est, je suis prêt« .

« Ce premier bouquin parle de la Médiation au sens d’une nouvelle profession, la profession du XXIème siècle (ref. des ouvrages ci-dessous). Mais qu’on soit clair: un métier doit avoir une fonction, une justification sociétale sinon c’est un bullshit job. Un médecin soigne, un avocat défend, il faut être utile. Travailler à la justification sociétale du job de médiateur c’est penser à sa technicité et donc à la formation de médiateur. Il fallait travailler à la pédagogie -mon sujet préféré- et là je me suis confronté au marché: qu’est ce qui existe sur le terrain? Est-ce que ma pensée s’inscrit dans un courant existant ou non? … Evidemment non!
Il y avait l’IFOMEN ou l’Institut catholique de Paris, basés sur le courant confessionnel: leur travail est bâti sur une idée de morale autour du paradigme du bien et du mal. Il y a ce qui est bien de faire ou de dire et ce qui est mal de faire ou de dire. Ce paradigme trouve plusieurs sources notamment la religion et je n’y retrouvais pas mes travaux. Ensuite, il y avait toutes les pratiques que l’on range dans ce qui a été appelé « les méthodes alternatives de règlement de conflits »: conciliation, divorce à l’amiable, arbitrage. C’est ce que j’appelle le courant juridique. Tout cela renvoie à des échanges sur la responsabilité, à ce qui est légal / illégal, aux droits et obligations. Mais on y traite de litige, pas de conflit. En d’autres termes c’est une dérive de la partie morale: dans certains pays le confessionnel et le juridique sont étroitement liés. Dans nos sociétés, la laïcisation a créé un autre courant de pensée. Enfin il y avait les psy-chologues-chiatres. Ici la personne est un patient. On considère que ses comportements sont normaux ou anormaux. Autant te dire que je n’ai jamais eu la prétention de considérer quelque chose ou quelqu’un comme étant normal ou non. Sur quelle base eu-je été légitime à le faire? ».

Jean-Louis Lascoux

Et c’est ainsi que la médiation est née… d’un nouveau courant de pensée : le courant discursif – celui du philosophe :

« Tout ce que je sais; c’est que je ne sais rien »

à la manière de Socrate.

Il faut bien comprendre que mon but était d’être axé sur l’humain

et d’amener les personnes à réfléchir par eux-mêmes et pour eux-mêmes

hors cadre moralisateur, obligationiste ou prescriptif.

L’approche est donc ici pédagogique et le rapport à l’ignorance est central. Il faut sortir de ce que nous pensons savoir, considérons comme acquis pour aller vers une vraie connaissance: le Savoir. Sortir de la caverne, cesser de voir les ombres pour voir la réalité, telle qu’elle est.
Appliquer à l’échelle de nos relations cela revient à dire que si nous blessons les gens, ce n’est pas par méchanceté, malveillance, volonté perfide ou perverse mais par ignorance; parce que « je-ne-sais-pas-faire-autrement« : A ce moment T, précis, dans ce contexte là, ce comportement est le seul qui m’est apparu comme approprié; je n’avais pas connaissance d’autres options. Cela revient donc à dire que dans mon schéma de pensée à ce moment T j’ai agi de façon légitime … pour moi et peut-être que j’ai été maladroit …

L’idée de la médiation est d’ouvrir ce champ des possibles. Spinoza considérait que, lorsque les personnes ne savaient pas, il fallait leur donner un repère. De l’intérêt de la morale, de la religion, du droit, des règles et des codes de bonne conduite et du bien-pensé. Combler la peur du vide. Et pourtant, le vide n’existe pas en matière de physique et de chimie. La nature est pleine et harmonieuse. Elle est pleine de ressources… tout comme nous.

Et la lumière fut !

En effet, si en définitive nous avons les ressources en nous, pourquoi nous appuyer sur des carcans, des diktats, des cadres et des codes? A la fin, si on oublie la référence au fait que quelqu’un a dit « Que la lumière soit« , on s’interroge en soi sur nos motivations, le sens des choses, de nos actions, sur ce qui nous pousse à être là et à entrer en relation avec Teddy, Matthieu, Raphaële, Guigui, Noé, Solal, Audrey, Rose & Karima.

Et un peu façon « Les Visiteurs », nous faisons un bond dans le passé et nous retrouvons les théories du siècle des Lumières: « Pour que la civilisation humaine fonctionne, il faut qu’elle reproduise quelque chose d’harmonieux comme l’Univers« . Vous me direz que c’est un brin pompeux mais, en fait, l’Harmonie n’est-elle pas un peu ce que nous recherchons tous dans nos vies?
Donc, finalement, et pour faire court parce qu’on commence à se rapprocher de la taille d’un article-gros-comme-une-encyclopédie: Plus nous travaillons notre conscience et notre raison, plus nous sommes capables d’ENTENTE.

Et dans ce cas, nous agissons au-delà du contrat social, nous sommes dans ce que Jean-Louis a appelé « L’Entente Sociale ». Plus agiles et flexibles, nous nous adaptons mieux à nos interlocuteurs et nos milieux. Le contrat devient alors un outil, un accessoire de mémoire auquel on se réfère comme « l’écrit du départ » mais qui peut être modifié, adapté, changé pour peu que nous en ayons discuté.

Et ainsi vient la Liberté … de choisir par soi et pour soi, par nous et pour nous de quoi et comment demain sera fait.

 « Le médiateur ne cherche pas un accord écrit, il travaille à la qualité relationnelle. C’est pour cette raison qu’il ne faut être ni prêtre, ni rabin, ni pasteur, ni imam, ni avocat, ni magistrat, ni psy pour être médiateur. C’est une chose que d’arriver avec ses croyances, ses a-priori, ses connaissances, ses références; C’en est une autre d’arriver avec une méthodologie. C’est pour cette raison que j’ai écrit « Et tu deviendras médiateur et peut-être philosophe… » et l’ouvrage de référence du médiateur « Pratique de la médiation, une méthode alternative à la résolution des conflits » mais surtout, surtout, c’est pour cela que j’ai créé l’Ecole Professionnelle de la Médiation et de la Négociation (https://www.epmn.fr/presentation-epmn.html). Tout le monde peut s’auto-proclamer médiateur aujourd’hui, mais pour être médiateur professionnel, il faut apprendre une méthodologie, une technique qui n’a qu’un seul objectif: la qualité relationnelle. C’est une ingénierie qui a un véritable intérêt sociétal. Le paradigme du médiateur est de promouvoir l’entente sociale. Avec l’entente nous faisons dans le qualitatif, le participatif; là où avec le contrat social nous restons dans la contrainte et nous nous enfermons dans des cases »

Jean-Louis Lascoux

Faire dans le qualitatif, le participatif, la responsabilisation ; cesser d’être des moutons … Il faut avouer que le propos du Professeur Lascoux nous cherche un peu les poux, nous laisse sur les genoux et nous sort la tête des cailloux …

Mes petits choux, le Prof Lascoux nous rappelle que nous pouvons toujours participer à la vie en société; apporter notre part à l’Histoire. Il nous rappelle que « L’humanité est allée en progressant mais que nous pouvons toujours faire mieux« 

Jean-Louis Lascoux a un rêve d’idéal, il est en constante réflexions et observations sur le monde qui nous entoure. Il est un citoyen du monde, un guetteur qui aime se mettre en marge pour mieux commenter la page.

Il nous invite à ne pas nous mettre sur les rails, ne pas monter dans le wagon sans nous poser de questions mais à être moteur, des locomotives qui avancent, entraînant derrière elle des wagons d’élan. Il nous invite à construire des ponts aussi; A faire des liens, anticiper, regarder en arrière pour mieux faire des bonds en avant.

Oui Jean-Louis Lascoux est l’inventeur du métier de médiateur mais son propos va au-delà de cela…

Au-delà de la géométrie, de la physique, de la philosophie et des recherches scientifiques, il y a une vraie volonté pédagogique: enseigner pour élever et non pour éduquer. Elever les consciences, les cœurs, les bras, les mains; Faire de nous des citoyens actifs, engagés, concernés, impliqués dans la société.

Alors vous vous doutez bien qu’après une discussion de si haute voltige Forme Libre s’est un peu interrogé sur comment construire cette pige et vous faire bien tout piger du propos partagé… … Alors, oui, l’article est long mais il le fallait car le propos est profond.

Nous sommes dans une société qui se sclérose… qui s’est habituée à l’eau tiède, une société qui vit de « faute de mieux », qui se « contente » – parce que c’est vrai que ce n’est pas si mal- Une société qui ne réagit plus. Nous choisissons nos combats. Nous préservons ce que l’on a plutôt que d’aller chercher, inventer, créer ce qui sera. Nous n’anticipons plus, nous conservons.
Mais si faire des sauces tomate au cours de la saison d’été en prévision de l’hiver est une excellente idée; mettre la tête dans le potager, faire l’autruche ou, pire encore, faire de la résistance contre les choses qui avancent, changent, tournent si vite que nous en avons le tournis et ne savons plus où donner de la tête, c’est prendre le risque d’aller et venir au gré du vent et d’être pris pour des girouettes.

 » La parole fait tourner la girouette, l’action l’immobilise  » Jules Renard

A force de vivre « pas trop mal » nous nous sommes habitués au confort et nous avons oublié le sens de l’effort, que tout se mérite, que rien ne se trouvera au fond d’une pochette surprise. A trop faire dans l’immobilier et l’amortissement, nous faisons dans l’immobilisme et nous attendons patiemment que les autres ou même l’Etat agisse.

« Le droit est un élément fondamental de la société, du vivre ensemble.
Si l’instrument juridique est en déclin à ce jour, si la confiance dans le système judiciaire périclite c’est parce que le droit perd de son intérêt sociétal. Être avocat ou magistrat, être un homme ou une femme de droit c’est assurer la protection des droits des citoyens, de leurs droits fondamentaux; c’est là leur fonction, leur rôle sociétal. La ligue des droits de l’Homme était entièrement faite et composée d’Hommes de droit… aujourd’hui tel n’est plus le cas … aujourd’hui les avocats demandent au Garde des Sceaux de protéger leur précarité… Rien ne va plus! C’est un véritable paradoxe: ils demandent au Ministre de protéger ce qui fait l’essence même de leur indépendance, de leur neutralité … de leur liberté de penser! »

Jean-Louis Lascoux

La liberté de penser … Celle d’agir aussi … Celle d’entreprendre … toutes ces libertés fondamentales que nos aïeux ont pourtant inscrites tout grand et tout en haut de la Pyramide des Normes semblent s’éteindre.

Comme quoi graver la liberté dans la roche ne nous l’a pas rendue plus proche…
Au même titre que « signer » le contrat social n’a pas fait de nous un être plus cordial…

Loin, très loin, l’idée de Forme Libre de vous dire ce que vous devez penser ou de vous poussez à l’anarchie et la révolte. Et ce, même si ce portrait fait écho à l’actualité. Le propos ici retranscrit n’a qu’une seule utilité: partager. 

Partager nos idées, nos réflexions et faire s’exercer la Liberté d’expression.

Chez Forme Libre, il est certain que nous croyons dur comme fer à la médiation, mais parce que nous ne sommes qu’Amour là où tout n’est que conflits aujourd’hui: 

Nous ne nous considérons plus: à force d’attendre que ce soit quelqu’un d’autre qui tranche; de ne pas nous impliquer, nous engager individuellement dans nos relations, nous nous déresponsabilisons et nous renfermons … Nous nous victimisons et nous cachons … comme une face du polyèdre…

Et puis nous tirons tout à nous: le drap, la couette, le dernier bout… comme si la vie était une joute ou un tir à la corde. Nous comptons les coups, les guerres que l’on gagne et que l’on perd comme si la vie était une lutte et nos relations des compétitions.

Nous ne lâchons jamais prise, nous tenons bon.

Nous nous projetons en tout.

La preuve en est que nous avons été éduqués selon le bon vieux :

« Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas
qu’on te fasse »

Alors même qu’il serait plus judicieux d’enseigner:

« Ne fait pas aux autres ce qu’ils ou elles ne
veulent pas que tu leur fasses »

Parce que l’autre n’est pas un autre moi mais bien une autre personne, un individu à part entière, qui n’a pas forcément les mêmes envies, désirs, révulsions ou craintes que moi.

Du coup, peut-être que lui souhaiterait que je lui fasse un truc que, moi, je n’aimerais pas du tout qu’on me fasse…
Mais que grand bien lui en fasse !

Chacun fait ce qu’il veut, pour peu que ça le
rende heureux.

Les temps qui courent sont électriques, l’agressivité est partout est ça nous rend sick et fou. C’est là que le modèle SIC de Jean-Louis Lascoux a au moins l’intérêt de nous présenter une porte de sortie … ou d’entrée:
L’ingéniérie relationnelle nous permet de mieux nous comprendre pour mieux vivre avec soi avant tout, puis avec les autres après coup… parce qu’à la fin il n’y a qu’en étant partie d’un tout qu’on progresse et qu’on se développe, qu’on trouve et donne un sens aux choses et que l’on ose !

C’est pour cela que chez Forme Libre nous voulons vous remercier d’être là, à la fin de cet article, d’avoir tout-lu-jusqu’en-bas !

Et pour vous dire MERCI correctement, nous vous quittons avec une citation de bon ton que vous pourrez caler au cours d’un diner masqué:

« La bonne humeur a quelque chose de généreux :

elle donne plutôt qu’elle ne reçoit. »

Alain

Retrouvez Jean-Louis Lascoux sur sa page: https://www.lascoux.com/

& pour aller plus loin s’agissant de la Médiation: https://www.officieldelamediation.fr/

Formation Liberté !

Formation Liberté !

« Ce qu’il est très important de dire c’est que un coussin est une journée de travail pour une brodeuse. »

Ondine Saglio

Voilà; les bases sont posées: Un coussin, une journée, 24 heures, un tour du cadran qui démonte tous les préjugés sans chercher midi à 14 heures en prouvant qu’on peut faire les choses autrement et … avec le cœur.

Pour présenter CSAO, je pourrais ici vous parler de sa création en 1995, de son histoire, de l’engagement de Valérie Schlumberger, la maman de Ondine, de son amour pour le Sénégal, pour l’artisanat africain, de son sens de la dévotion et du don de soi… Mais tout cela ne serait que répétition et redite, je ne ferai pas mieux que ce qui est déjà raconté sur le site (www.CSAO.fr pour les curieux) et puis, pour tout vous dire, Forme Libre espère bien avoir l’occasion d’écrire sur Madame Valérie et sur sa vie dès lors qu’il sera de nouveau possible de « gagner » Gorée.

Nous parlerons donc du passé dans le futur et, présentement, je vais tenter de vous expliquer de fil en aiguille comment Ondine a réussi le pari de joindre le beau et le chic au responsable et éthique. Pour cela, je vous embarque à l’Atelier des Rêves, là où la liberté prend forme à coup de dé à coudre et d’huile de coude.

Les plus malins qui auront cliqué sur le ‘susmentionné’ lien auront lu que La Compagnie du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest, la CSAO, fait dans la décoration éthique et l’artisanat d’Afrique. C’est un peu court jeune homme dirait Cyrano car sur la CSAO il y a tant de chose à dire en somme: Entreprise qui conçoit, réalise et commercialise des objets de décoration, elle réussit à marier tradition et artisanat africain avec le design contemporain en rendant le commerce éthique chic.

En parlant de tradition et de mariage, sachez qu’il était de bon ton, dans les années 70, en Afrique, d’offrir aux jeunes mariés une parure de lit brodée.
 » Quand j’étais petite je me souviens des coussins, blancs, faits de tissus de mauvaise qualité et pas très jolis, sur lesquels il était écrit « mon chéri » « ma chérie » « doux rêves » « bonne nuit »; je me souviens que j’aimais lire ces messages avant de m’endormir… la broderie était grossière et peu raffinée mais il y avait derrière ces mots, une tradition, une manière de témoigner l’affection qui me plaisait « 

Derrière ces confidences sur l’enfance, il y a l’idée première qui germe dans la tête de Ondine lorsqu’elle commence à dessiner des objets pour aider sa mère.

« J’avais envie de revaloriser la broderie, de la rendre plus délicate, raffinée et jolie afin de la mettre au goût du jour et de donner envie aux gens à Paris de mettre des coussins africains dans leur séjour. Finalement c’est lors d’une visite à la Maison Rose que le projet tel qu’il existe aujourd’hui à vue le jour. Ça a été une évidence. »

Quand la tradition et l’artisanat rencontre l’intelligence et l’élégance…

Il y a tant à dire sur la Maison Rose que j’ai presque honte d’oser résumer tout ce qui est fait au sein de cette structure d’accueil de femmes et d’enfants en situation de vulnérabilité ou victimes de violences en quelques mots…
Mais là encore, c’est une promesse, nous en reparlerons de cette Maison.

Ce que l’on peut dire c’est que, en son sein, des femmes, des filles enceintes, des mères seules viennent accoucher, trouver du réconfort, un support, un soutien… un foyer sur où se reconstruire après avoir vécu des choses très (très) dures.
En ce sens, les amis de la maison rose financent et conduisent des projets qui visent à accompagner et autonomiser ces femmes et enfants qui n’ont nulle part où aller de sorte à leur permettre de s’insérer ou de se réinsérer dans la société.

Et précisément, il existait au sein de la maison rose un atelier dans lequel la broderie était enseignée. Lorsque Ondine le visite, elle souhaite tout de suite que ce soit ces femmes abimées par les coups de la vie (au sens propre et au sens figuré), victimes d’exclusion sociale, qui réalisent ses créations.

« Tu sais la broderie est très proche de la méditation. C’est pour cette raison que la maison rose avait mis en place cet atelier. Dans cette maison tu rencontres des femmes qui ont des histoires dures, difficiles, violentes. Certaines de ces filles (ndrl les brodeuses) arrivaient enceintes après avoir été violées. Au Sénégal, l’avortement est un réel sujet… On parle donc de traumatismes lourds… qu’il faut réparer parce qu’il n’y a pas de fatalité. Broder chaque jour des pensées positives et des mots doux comme AMOUR, BONHEUR ou LIBERTE leur permet de se concentrer sur autre chose que la souffrance, de voir petit à petit la vie autrement, de se reconstruire et de la gagner cette liberté. C’est thérapeutique. »

Mais voilà au sein de ce premier atelier les « filles » – comme Ondine les appelle – sont « entre-elles » et « tu comprends, l’entre soi ne permet pas de sortir du tunnel, une fois la broderie finie tu te retrouves avec des filles qui ont vécu la même chose ou pire que toi… tu replonges donc dans la souffrance. Cela aide au début car cela permet d’extérioriser, de parler mais il faut sortir de ça à un moment donné parce que ça peut devenir lourd et empêcher d’avancer ».

Une des citations préférées de Ondine est « Ndank Ndank (Petit à Petit en wolof) l’oiseau fait son nid » … parce qu’il s’agit d’avancer, encore et toujours, pas après pas… vers la Liberté. Voilà pourquoi elle décide de monter un 2ème atelier à Dakar, puis un sur l’ile de Gorée, au sein desquels les femmes de la maison rose continuent d’être formées à la broderie au même titre et en même temps que d’autres femmes.

« Décrire les brodeuses comme des femmes traumatisées est réducteur;
certes il y a parmi les brodeuses de nombreuses histoires compliquées mais
toutes les brodeuses n’ont pas été violées ou violentées;
aujourd’hui elles doivent représenter 20% des filles… »

Ondine Saglio

20%… 1 femme brodeuse sur 5. Pas la majorité; certes; mais une de trop. D’autant que parmi les 80% autres il y a des mères célibataires, des jeunes filles qui n’ont pas eu la possibilité (ou le droit) d’aller à l’école, des veuves… Bref, des femmes qui ont décidé de broder tous les jours le mot LIBERTE après s’être formées pour s’émanciper de ce que la vie leur avait mis comme condition, pour gagner leur indépendance… Parce que, lorsqu’on n’a pas de chance, lorsqu’on n’est pas bien nées, il ne reste qu’à puiser dans ses blessures et ses ressources la force et l’impertinence d’avancer et pourquoi pas d’être heureuses, enfin!

« Je refuse que l’on voit les filles comme des pauvres femmes!
Elles ne sont pas de pauvres femmes.
Elles sont courageuses, belles, fortes, volontaires et déterminées.
Elles sont le moteur de la famille.
Elles sont des reines. »

Ondine Saglio

« L’Atelier des Rêves », le bien-nommé.

Mais attention à la méprise: il ne s’agit pas là d’une Association. La CSAO est bel et bien une entreprise et son cœur d’activité est de faire du commerce d’objets notamment des pièces d’ameublement (à la limite de l’œuvre d’art), des nattes colorées, des caisses en métal recyclées, de la vaisselle colorée … le tout réalisées par des artisans dans le respect le plus strict des savoir-faire de l’Ouest africain. Simplement, cette entreprise là a décidé de faire les choses « autrement » et prouve, de par ses années d’existence, qu’un tel projet n’est pas une lubie ou une folie d’idéalistes rassemblés.

Aujourd’hui, en plus des artisans, environ 150 femmes apprennent la broderie et réalisent les coussins, cabas, vestes, tee-shirt que Ondine pense, dessine et conçoit elle-même à partir de tissus wax traditionnels que Ondine chine (là encore) elle-même ou de tissus de première qualité importés de France ou d’Angleterre (comme le fameux Liberty londonien). Elles travaillent au sein des ateliers ou de chez elles selon leur situation personnelle (et si Ondine avait inventé le télétravail?) et leurs réalisations leur permettent de gagner leur vie convenablement, parfois même d’atteindre un salaire équivalent à celui d’un professeur au Sénégal.

« C’est l’émancipation des femmes qui est en jeu ici. Avec leur salaire les filles aident la famille entière: elles financent l’école des enfants, les soins de santé de toute la famille, la nourriture, le logement… tout repose sur leurs épaules mais grâce à leur travail elles sont indépendantes et fières et font avancer les mentalités et la société. Au Sénégal , beaucoup d’hommes sont encore très…macho… ils refusent que les femmes travaillent et préfèrent qu’elles s’occupent des enfants, de la maison et des fourneaux. En devenant brodeuse à la CSAO, elles contribuent aux dépenses du foyer, accèdent à une autonomie financière ce qui change totalement leur statut: La femme forte qui travaille. Il en va du respect de toute une société. »

Ondine Saglio

A ce propos, je tiens à ce que l’on joue FRANC jeu ici. Alors parlons flouze, poignon, argent un peu:

Prenons les fameux coussins vendus en moyenne 80 euros. « C’est un peu cher pour un coussin »… pourrait-on entendre ici ou là. Nous sommes d’accord 80 euros est une somme, mais dans ce coussin il y a :
– La matière première : des tissus de qualité qu’il faut chiner dans les marchés traditionnels ou acheminer jusqu’aux ateliers, les tirettes, les fils, l’intérieur des coussins… sans parler des machines et appareils.
– Le salaire des brodeuses ainsi que l’ensemble des charges liées à leur journée de travail notamment leur déjeuner, qui leur est chaque jour payé, et n’allez pas « bien-pensé » que « parce qu’il s’agit du Sénégal ça vaut trois copecs et coute que dal »
– Auxquels s’ajoutent les frais de transport, de douane, les charges liées à l’import/export… pour que les coussins parviennent à la Boutique située dans le Marais à Paris.

Ensuite, au 9 Rue d’Elzevir, Ondine et sa mini-équipe de 4 mains remplit les coussins et fait elle-même les cartons et les livraisons vers les boutiques partenaires.

Car, en effet, la plupart des produits sont vendus « en gros » comme on dit. Cela signifie qu’ils sont distribués au sein de boutiques de décoration qui collaborent avec la CSAO, faisant du bien en plus que de faire du beau.
(ndrl: si vous cherchez un point de vente près de chez vous, n’hésitez pas à nous envoyer un petit message, nous chercherons pour vous! Et prenez garde aux pales copies … franchement si vous nous lisez ici Jamini, vous n’avez pas honte?!).

Mais il y a aussi les collaborations avec des maisons de renom comme Le Bon Marché, Marin Montagut ou encore Sézane et Christian Louboutin qui a fortement contribué à la renommé de CSAO notamment avec cette pièce fabriquée en édition limitée, désormais collector, qu’est l’Africaba.

Pour la petite anecdote, cette collaboration a demandé près de trois années:
« Il s’agit d’un sac de créateur qui réclame un travail d’association de différents tissus wax et de broderies méticuleuses. Cela nous a pris des heures, des années de former les brodeuses à ce niveau d’exigence et de qualité. Il leur a fallu s’approprier la calligraphie de Christian Louboutin, ce qui est extrêmement difficile à réaliser, d’autant qu’il y avait un écusson avec les initiales CL… c’était une sacrée aventure mais tellement riche pour nous comme pour elles. Il nous a fallu trois années pour parvenir à un prototype. Un travail d’orfèvre, du sur-mesure mais ce qu’elles étaient fières ! Et moi donc ! Aujourd’hui la CSAO peut affirmer travailler avec celles qui comptent parmi les meilleures brodeuses d’Afrique. »

Formation, Réalisation, Fierté, Liberté.

« Ces collaborations sont très importantes pour nous mais surtout pour les Associations qui sont liées à la CSAO. Parce que si nous leur reversons une grosse partie de notre chiffre d’affaires, elles ont également besoin de subventions et de dons venus des marques avec lesquelles nous collaborons. »

Ainsi lorsque la CSAO collabore avec des grandes marques, elle ne gagne pas de l’or. Ce n’est pas l’objectif: Les collaborations vont au-delà de la simple conception en partenariat de vêtements ou d’accessoires de maison.
A titre d’exemple et pour ne citer que celui-ci, la donation de la marque Sézane via le programme Demain a permis de financer le quotidien d’enfants au delà du surlendemain, justement!

C’est ici que se boucle la boucle : CSAO est intimement liée à ASAO, Keur Khadija, l’Empire des enfants … en plus que de la maison rose dont nous avons parlée. Intimement car toutes ces dynamiques d’entraide et d’humanité sont nées de l’initiative de Valérie Schlumberger, la maman. La CSAO est donc la locomotive qui permet à tout ce microcosme de fonctionner.

Malgré tout pour que vive ce petit monde, CSAO ne peut tout reverser de ses chiffres d’affaires et bénéfices car il lui faut bien aussi fonctionner elle-même : comme toute entreprise elle doit payer les fournisseurs, les salariés, assurer sa comptabilité, anticiper les aléas du marché et de la vie … les augmentations de frais de douane et des prix, les inflations et interruptions d’activité … comme cette année.

Bien que là je ne sois pas précise car les petites fourmis de CSAO n’ont jamais cessé de travailler: Covid ou pas, on brode à Gorée ! Mais les produits sont bloqués, les frais de douane ont explosé, Ondine ne peut plus voyager… sans faire de mélo parce que ce n’est pas le genre de la maison, ce n’est pas vraiment la fête d’autant que Gorée est confinée. 1800 personnes sur une toute petite île qui vit majoritairement du tourisme dont elle est privée… 1800 personnes qui se retrouvent, comme beaucoup de part le monde, dans une situation… compliquée. Mais c’est un autre sujet, une autre question…

Pour la CSAO, il s’agit de rester à flot. De continuer à voguer, contre vents et marées et de montrer le cap. Parce qu’au jeu du Cap ou Pas Cap d’inventer le monde de demain, la CSAO a déjà plusieurs coudées d’avance et a ouvert le chemin. Il suffit désormais de prendre exemple, de prendre la vague et de retisser le monde dans son sillage à son image.

Ondine Saglio ne fait pas moins de 4 métiers différents au quotidien au sein de la CSAO. Etre au four et au moulin est son quotidien mais les moulins de son cœur ont des raisons que la raison ne peut ignorer.

Ondine ne se contente pas d’être une femme de cœur – ce qui aurait déjà été pas mal – elle est aussi une femme de faire.

Avec de l’énergie, de la volonté à la limite de l’acharnement, une détermination sans faille et un cœur gros comme ça, Ondine nous montre la voie et nous rappelle qu’à cœur vaillant rien d’impossible, qu’on peut faire des miracles avec la foi, tant qu’on y croit, qu’on garde le cap et qu’on ne perd pas le fil et surtout surtout qu’on a une vision, qu’on ne se fait jamais une raison.

« Je ne sais pas donner d’ordres, je hais les positions hiérarchiques, les postures d’autorité et de supériorité. Nous devons tous participer, contribuer. Il y a tant de choses à faire, c’est sans fin! Mais ça vaut le coup. Quand je suis à Gorée et que je vois les filles broder, que leurs enfants passent les voir pour un câlin ou pour le goûter et que je vois leur fierté à la fin de la journée, je sais que nous ne faisons pas tout ça pour rien ».

Alors… Et si nous aussi nous décidions de filer un coup de main pour, ensemble, créer le monde de demain?

Depuis mes discussions avec Ondine je sais désormais que l’optimisme est une arme contre le fatalisme et l’à-quoi-bon, qu’on peut être un marchand de rêve… en vrai, dans la réalité.
Que le commerce éthique et responsable n’est pas de la science fiction.
Que nous pouvons tous participer, nous mettre en ordre de marche.
Qu’il suffit juste de modifier deux trois petits trucs dans nos modes de consommation. Un battement d’aile de papillon… pour une révolution.

« Ndank Ndank l’oiseau fait son nid » …

Ndank Ndank Ondine répand ses bonnes énergies:

du BONHEUR à coup de mots d’AMOUR au service de la LIBERTE.

Merci & Bisous Gorée !