Je vais commencer cet article par m’excuser auprès de mes amies qui vont, par excès de sensiblerie, pleurer en lisant ce qui suit. Sauf toi Audrey*, toi tu vas sourire parce que ces lignes là, ça fait un moment que tu les attends.
La vérité c’est que ce n’est pas un article… ce que je vous partage ici c’est le début du roman… le filaire, celui qui sera dans le mag, c’est le début de l’Aventure.

Genêse

Je me suis faite tatouer liberté sur l’avant bras, ma plus grande peur c’est une cage, je suis claustro, sauf sous l’eau, j’aime pas les ascenseurs parce que j’ai peur de rester bloquée, du coup je prends toujours les escaliers, je dors la fenêtre ouverte, je ne compte que sur moi et je préfère me scalper la main plutôt que de demander de l’aide pour changer la cuvette rouillée de mes toilettes. J’ai reçu une visseuse Black & decker à Noël et je remets d’équerre tout mâle alpha qui prétend fièrement « c’est pas à une femme de faire ça« . Quand mes copines dorment avec le pull de leur mec parce qu’il n’est pas là, je trouve ça ridicule même si je ne leur dis pas (ça vaaaaa les filles, vous êtes intelligentes. Parfois. Haha), je jette hyper facilement, je rejette, je change de déco tous les quatre matins et dès lors que l’on cherche à tenir ma main ; je fuis, loin.

J’esquive, je tourne à la dérision
Les sentiments, l’affection, l’attachement.

Je fuis.

Parce que s’attacher c’est s’emprisonner, c’est renoncer, c’est (s’)oublier et que le monde est trop grand, trop vaste, qu’il y a trop de choses à découvrir, trop de gens, aussi.
J’ai pas dans les gênes le don de moi-même, sitôt que l’on m’aime, sitôt l’on me gêne, m’encombre. Je ne fais pas de place, je prétends que je n’ai pas la case, pas l’espace. Que je n’ai pas le temps, que c’est pas le moment.
Et puis t’façon tout le monde finit toujours par partir. Alors à quoi bon ? Finalement.

Je fuis.

Je sers les dents, je monte la garde. J’observe avec affection l’amour autour de moi et par attention je protège, je console, j’écoute, je pète des genoux aussi parfois (avisez-vous de faire du mal à un ami/une amie et je vous jure que je vous transforme en nourriture pour cochons de bigorre) et je préfère me faire péter la mâchoire plutôt que d’avouer que si je me déplace en nuage, que si le sol n’est pas palpable c’est parce que … haha vous y avez vraiment cru ?! Manquerait plus que je sois vulnérable !

Bref comme la dame aux pigeons de central park j’ai rangé mon cœur dans une boite à patins à glace par peur de l’abimer.

– Et puis … quelque chose à changer.

Je ne saurais pas l’expliquer, je crois que ça se résume en une chose : j’ai accepté.

J’ai accepté que j’étais faite de pots cassés et j’ai observé que j’avais recollé les morceaux.
J’ai accepté que j’avais des failles et j’ai observé qu’elles permettaient de faire passer la lumière.
J’ai accepté que j’étais bancale et j’ai observé qu’un pas (à courir) après l’Autre je trouvais mon équilibre et que …
aimer c’est tomber, c’est se casser la gueule, glisser, être envoyé dans les cordes, rougir, trembler, frémir, vaciller. C’est sortir du bois, de ses gonds parfois, c’est être hors de soi, du temps, de tout, des gens et n’écouter que cette petite voix en nous qui nous dit d’essayer.

J’ai essayé

 

L’Ami : Et alors ? Heureuse ?

Moi : L’amour rend-il heureux ? L’amour ? Mais quel amour ? L’amour des autres ? L’amour de soi ? Et puis quel bonheur ?
Vivre d’amour et d’eau fraiche ? Et puis c’est quoi être amoureux ? Roland Barthes disait que l’on pouvait mesurer son amour à son attente. Je serais amoureux-se… Puisque j’attends. L’autre, lui, le corsaire l’aventurier, l’alpiniste, n’attend jamais. Il escalade le Kilimandjaro, il sillonne les mers du Sud. C’est insupportable.
Alors, parfois, quand on s’attache, on s’essaie à l’impudence. On s’occupe ailleurs ou – mieux ! – la bonne idée : Je vais arriver en retard ! Ça lui fera les pieds à mon con de navigateur des cinquantièmes hurlants! Mais hélas… À ce jeu, on perd toujours. On ne va jamais bien plus loin que le périph. Quoi qu’on fasse, on se retrouve désœuvré, exact, précis comme un vulgaire réveil matin. Comme un con d’avoir testé le lien.
Et même, parfois pire, on arrive en avance ! En avance ! On se sent conne, encore, sous dépendance alors on coffre sous silence son ridicule, sa faiblesse. Et c’est là que « je-te-le-dirai-pas-tralala » blesse.
Mais quand on comprend qu’on est aimé en retour, qu’il y a réciprocité dans l’attachement, alors devant le débarcadère, on se met à accepter cette attente aux profondeurs insondables, aux silences insupportables, on accepte le vertige de perdre pied dans les eaux du port. Et on reste.

L’Ami : Donc tu te barres en courant ou pas cette fois ?

Discussions de comptoir

J’ai accepté.

J’ai accepté d’avoir des M&M’s dans mes placards, d’avoir l’appétit coupé, de faire des insomnies, de laisser la porte ouverte, de ne pas m’acharner sur la cuvette des toilettes, j’ai même pris un ascenseur, qui sentait bon, j’ai posé ma tête et ai cessé de réfléchir, j’ai arrêté de me battre et de débattre, d’argumenter et je me suis laissée portée en disant juste oui.

Et je ne regrette rien.
Ressentir c’est être en vie… Même si ça va vite, étourdit ; Même si on doit être à nu, vulnérable, prêt-e à prendre toutes les balles.
Je ne regrette rien, même si je les ai prises. Et que cette nuit ça fait pas du bien. 

Parce que j’ai appris.

J’ai appris que l’amour peut arriver par surprise ou mourir en une nuit.
Que de grands amis peuvent devenir de parfaits inconnus et, qu’au contraire, un inconnu peut devenir un ami pour la vie. Que le « jamais plus » n’arrive jamais et que le « pour toujours » a une fin. Que celui qui veut, peut et y arrive. Que celui qui prend des risques ne perd jamais rien et que celui qui ne risque rien, ne gagne rien. Que si on veut voir quelqu’un, il faut aller le chercher, car après, c’est trop tard. Qu’avoir mal est inévitable, mais souffrir est en option. Et surtout j’ai appris que nier les choses les plus évidentes ne sert absolument à rien.

J’ai appris que le plus grand des courages en fait c’était de rester.

Parce que la vérité c’est qu’il y a une quantité infinie de gouttes qui ne font pas déborder le vase.

Et que ca vaut le coup d’essayer, de tenter, de re-essayer, d’attendre, de se battre, de courir après, de foutre sa fierté et son orgueil de coté -T’facon on a toujours un peu de ventre et d’égo à perdre – et puis, il n’y a que les capitaines de pédalo pour quitter le bateau pendant la tempête.

Que ça réclame de faire le dos rond, de demander pardon, d’expliquer, de communiquer, d’adresser les discussions qu’on n’aime pas, de s’affirmer, de dire ce que l’on désire et ce qu’on n’accepte pas : Faire des compromis sans se compromettre.
D’assumer qu’on a (eu) peur, qu’on a fait le con. Encore. Mais qu’on est là. Présent. Maladroit, Malhabile mais là. Sincèrement là.

Une relation c’est du boulot ;
Mais avec un peu de chance l’Aventure continue … Et c’est ça qui est beau.

Et puis au pire des cas, que la messe soit dite ou pas … les copains copines sont là … pour que vive la suite ;
l’histoire, le prochain chapitre, …